Pêche écoresponsable: comment mieux choisir ses poissons et fruits de mer

Vous aimez le poisson et les fruits de mer? Bienvenue dans le club! Je ne mangerais (pratiquement) que ça et dernièrement, je me suis rendu compte lorsqu’on m’a demandé quels aliments je préférais, que mon top 5 était exclusivement dans cette catégorie.

Mais manger les produits de la mer, ce n’est pas simple. Il y a plusieurs enjeux liés à la fois à l’environnement et à la santé. C’est très important de faire les bons choix. Voici un petit tour de la question.

Pêches responsables

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Si on veut conserver les ressources le plus longtemps possible, il faut éviter la surpêche à tout prix! Les océans ont déjà été assez décimés d’une bonne partie de leur belle biodiversité. Selon l’organisme Living Oceans, 75 % des espèces sont déjà exploitées à leur pleine capacité ou surexploitées. Un poisson ou un fruit de mer écoresponsable tiendra compte de ce facteur, par exemple en limitant les périodes de pêche durant l’année afin de ne pas épuiser la ressource.

Certains types de pêche sont aussi beaucoup plus nocifs que d’autres. La palangre, qui consiste à gratter le fond des eaux en détruisant tout au passage ou encore la pêche au chalut de fond, qui traine d’énormes filets sur les sédiments du fond -perturbant l’écosystème et attrapant beaucoup de « prises accessoires », c’est-à-dire indésirables, sont particulièrement à éviter.

Comment peut-on connaître le type de pêche? D’abord en lisant les étiquettes : certains détaillants comme les supermarchés Metro l’indiquent sur l’emballage. Par ailleurs, il n’y a que des poissons et fruits de mer écoresponsables et durables chez Metro. Sinon en posant des questions au commis poissonnier ou en faisant des recherches avant d’acheter.

Une troisième considération est plus reliée à la santé : c’est celle de la contamination. Malheureusement, 150 ans après l’arrivée de l’ère industrielle, il reste très peu de cours d’eau qui ne sont pas d’une manière ou d’une autre contaminés par des métaux lourds ou autres polluants. Le mercure est particulièrement problématique pour les êtres humains; j’y reviendrai un peu plus bas. De plus, la contamination par des doses parfois très élevées d’antibiotiques et d’autres produits chimiques comme des pesticides doit être prise en compte; celle-ci est spécifiquement reliée à l’élevage. J'y reviendrai également. 

Privilégier les plus petites espèces

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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On entend souvent dire qu’il faudrait manger plus de petits poissons, mais savez-vous pourquoi? Comme ces derniers se trouvent plutôt au bas de la chaîne alimentaire, ils ont tendance à moins contenir de mercure que les très gros poissons, qui se sont nourris toute leur vie de ces prises plus petites.

Le mercure s’accumule dans l’organisme plutôt que d’être excrété et c’est exactement pour cela qu’il est si dommageable pour nous. À très faibles doses, il n’est pas dangereux, mais à force d’en consommer il peut avoir un effet délétère, atteignant le cerveau, le système nerveux, les reins, les poumons, les yeux.

Un thon à nageoires bleues qui pèse facilement 380 kilos est donc très souvent fortement contaminé au mercure, dont une partie est transférée à notre organisme lorsqu’on le consomme. Alors que ce n’est pas vraiment un problème pour les petites sardines, les anchois ou encore les maquereaux.

Un autre avantage de consommer de petits poissons: ce sont des espèces moins « désirables », tout simplement. Ceci permet d’encourager la diversité des pêches, d’enlever de la pression sur les stocks de poissons populaires (le saumon par exemple) et parfois même de récupérer les « prises accessoires » (bycatch), c’est-à-dire toutes les petites espèces autres qui se retrouvent prises au filet par erreur. Dans certaines pêches, celles-ci peuvent atteindre 40 % du volume, alors c’est primordial de leur trouver des utilités et des marchés plutôt que de les jeter!

Choisir les produits du Québec

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Nous sommes très chanceux d’avoir des régions côtières au Québec, ce qui fait de nous un producteur de choix. En plus d’encourager le commerce local bien sûr, acheter les produits du Québec permet de s’assurer d’une excellente qualité.

On peut faire confiance au MAPAQ pour bien gérer nos ressources; toutes nos pêches commerciales sont durables. Plus de la moitié des espèces pêchées ici bénéficient même d’une écocertification, incluant le homard, le crabe et la crevette. Lorsqu’on a le choix, c’est donc vraiment intéressant d’opter pour des produits québécois plutôt que ceux d’ailleurs (les crevettes nordiques, par exemple). 

mapaq.gouv.qc.ca

Pour en apprendre plus sur les poissons et fruits de mer du Québec, découvrez mon texte complet ici.

Un bémol sur l’élevage

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Puisque certaines techniques de pêche en haute mer sont dommageables et que les stocks diminuent, ça peut sembler une bonne idée de choisir des produits d’élevage (aquaculture), non? La réponse est plus nuancée que ça…

Tout dépend des pratiques d’élevage. En grande majorité, les pratiques d’aquaculture d’ici sont responsables et on peut s’y fier –les deux espèces d’élevage les plus communes au Québec sont la truite arc-en-ciel et l’omble chevalier. L’aquaculture en milieu marin, qui nous permet par exemple de déguster les crustacés comme les moules et les huîtres d’ici et des Maritimes, est également considérée comme une pratique écoresponsable. On peut même ajouter qu’elle est bénéfique à l’écosystème, car ces coquillages ont un effet purifiant sur leur milieu.

Par contre, les élevages ne se valent pas tous, loin de là! Certains endroits, par exemple la Chine ou l’Asie du Sud-Est, ont des pratiques d’élevage très intensives et peu scrupuleuses, dont les produits sont largement considérés comme les pires au monde. Ces produits bon marché, par exemple des crevettes ou du tilapia, sont élevés dans des conditions sanitaires très douteuses, avec un apport élevé en antibiotiques et en pesticides interdits ici. Et comme ça a été relevé récemment à l’émission L’Épicerie, ils contiennent souvent des virus, des bactéries et des parasites qui peuvent nous rendre malades. Il ne faut pas être alarmiste, mais en faisant nos recherches, on constate que ces produits sont à éviter à tout prix. En plus, ils sont très polluants pour leur milieu.

C’est une constatation inévitable : bien que ce soit normal de vouloir payer moins cher, des bas prix choc ne sont simplement pas compatibles avec des produits de la mer écoresponsables.

Rechercher les certifications

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Il existe différentes certifications reconnues sur lesquelles on peut se fier pour faire un bon choix.

MSC (Marine Stewardship Fishing) : Cet organisme combat la surpêche, la pêche illégale et les activités qui détruisent l’environnement. Lorsqu’une compagnie veut faire certifier ses produits, MSC conduit un processus rigoureux et indépendant pour s’assurer que toutes les bonnes pratiques sont mises en place. On peut rechercher le petit logo bleu sur les poissons et fruits de mer. À noter : ce logo vise uniquement les produits de pêche sauvage. Un autre organisme, le ASC (Aquaculture Stewartship Council), gère les produits issus de l’élevage.

Ocean Wise : Il s’agit d’un programme de conservation des ressources mis en place par l’Aquarium de Vancouver, qui émet des recommandations pour mieux gérer les pêches. Un produit qui possède cette certification n’est pas menacé, est bien géré avec des plans à long terme et de la recherche constante, est pêché d’une manière qui minimise les « prises accessoires » et est pêché d’une manière qui minimise la destruction de l’habitat.

L’Aquarium de Monterey, en Californie, est également l’un des pionniers de la première heure pour la conservation des océans et des ressources. Cet organisme a également sa propre certification, appelée Seafood Watch.  

Télécharger une application pour nous aider

Application Seafood Watch

Le meilleur moyen de s’assurer d’opter pour un produit écoresponsable, c’est de télécharger une app sur votre téléphone et de l’utiliser sur place.

La plus complète et à jour (le statut des poissons change constamment, que ce soit au niveau de la disponibilité des ressources ou de la toxicité) reste celle de l’Aquarium de Monterrey, Seafood Watch. Elle est en anglais alors parfois il faut chercher les traductions des différentes espèces, mais sinon elle est tellement complète.

Dans l’exemple ci-haut, on peut voir par exemple que le crabe des neiges est une option « meilleur choix » s’il est domestique (ils n’incluent pas dans ce cas le Canada comme provenance, mais on le sait que c’est un bon choix!) et une option « à éviter » s’il provient de la Russie ou du Japon. On voit aussi le type de pêche : en casiers (pots, en anglais). On peut même habituellement lire un sommaire de la situation pour cette pêche spécifique, ici : « La population est en santé, les prises accessoires sont minimales, les impacts sur l’habitat sont minimaux et la gestion est très efficace ». 

Les poissons à éviter

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Certains types de poissons et de fruits de mer devraient tout simplement faire partie de votre liste noire. Les voici :

  1. Thon à nageoires bleues : Teneur trop élevée en mercure et en BPC
  2. Bar chilien : Espèce menacée et teneur élevée en mercure
  3. Saumon de l’Atlantique : Presque tout le saumon pêché en Atlantique provient de gros élevages avec des pratiques plus ou moins intéressantes. Les poissons sont habituellement nourris de farines animales (ce qui est bien loin de leur diète naturelle, réduisant ainsi leur précieuse teneur en acides gras oméga-3); de grandes quantités d’antibiotiques et d’autres produits chimiques sont utilisés. 
  4. Tilapia : Essentiellement un produit provenant d’élevages intensifs et peu scrupuleux
  5. Pangasius : Essentiellement un produit provenant d’élevages intensifs et peu scrupuleux
  6. Anguille : Espèce menacée
  7. Crevettes du Pacifique : Essentiellement un produit provenant d’élevages intensifs et peu scrupuleux
  8. Requin : Plusieurs espèces sont menacées, la plupart des requins pêchés sont mutilés vivants pour enlever leur raie puis relâchés pour mourir en mer.
  9. Espadon : Teneur élevée en mercure
  10. Flétan : Teneur élevée en mercure

Les poissons à privilégier

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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  1. Tous ceux qui proviennent d’ici
  2. Saumon sauvage du Pacifique
  3. Sardines
  4. Maquereau de l’Atlantique
  5. Thon albacore (il contient quand même du mercure, mais moins)
  6. Morue du Pacifique
  7. Huitres et moules
  8. Truite arc-en-ciel

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